MÉDITATION · PRATIQUE & CONNAISSANCE DE SOI
Avant de chercher la bonne technique, une question mérite notre attention : avec quel état d’esprit nous asseyons-nous pour méditer ?
Par Bruno Lallement · Lecture : environ 6 minutes
Pour accompagner votre pratique, prenez aussi le temps de lire ces citations de Bruno Lallement extraites de ses livres, avec des passages sur les pensées, la peur et la liberté intérieure.
On peut connaître une posture, compter ses respirations et respecter scrupuleusement une durée, tout en passant sa séance à lutter contre soi. À l’inverse, quelques instants d’attention simple peuvent ouvrir une relation très différente à notre expérience.
Pratiquer la méditation, c’est apprendre à être présent. La technique nous aide à nous orienter ; elle ne remplace ni la curiosité, ni l’humilité, ni la bienveillance avec lesquelles nous regardons ce qui se passe en nous.
J’ai commencé à pratiquer la méditation à l’âge de quinze ans. Les rencontres qui ont jalonné mon parcours m’ont appris à ne pas confondre l’accumulation des méthodes avec une compréhension vivante de soi. Nous pouvons pratiquer longtemps et continuer à découvrir combien nous cherchons à tout contrôler.
Un ami danseur m’expliquait que la danse n’était pas seulement une question de technique : elle demandait aussi une capacité d’abandon. Cette image éclaire bien la méditation. Il faut des repères pour apprendre, puis assez de confiance pour ne pas se crisper sur eux.
Relâcher le contrôle ne signifie pas se laisser emporter par tout ce qui traverse l’esprit. Il s’agit de cesser d’exiger que l’instant ressemble à notre idée d’une bonne séance. Nous restons éveillés, disponibles et attentifs, sans chercher à fabriquer une expérience particulière.
Le souffle, les points de contact du corps avec le siège, les sons autour de nous : l’expérience immédiate offre des appuis simples. Choisissez-en un et observez-le sans chercher à le modifier. Quand l’attention s’éloigne, reconnaissez-le, puis revenez. Ce retour fait partie de la pratique.
Une pensée apparaît : « Je n’y arrive pas. » Au lieu d’en faire un verdict, remarquez qu’il s’agit d’une pensée. Une impatience se manifeste : voyez si vous pouvez lui laisser un peu de place. Cette manière de regarder évite d’ajouter un reproche à chaque difficulté.
Nous abordons souvent la méditation avec des idées toutes faites : il faudrait ne plus penser, devenir parfaitement calme, ressentir quelque chose d’extraordinaire. La pratique invite à vérifier ces attentes dans l’expérience. Que se passe-t-il quand je cesse, un instant, de vouloir obtenir un résultat ?
Un temps de pratique partagé invite à ralentir. La méditation commence lorsque nous prêtons réellement attention à ce qui est là.
Installez-vous quelques minutes dans une position confortable et suffisamment éveillée. Vous pouvez garder les yeux ouverts, le regard posé sans effort.
Prenez contact avec votre corps. Sentez le poids du bassin, les pieds au sol, les mains posées. Ajustez votre position si nécessaire ; il n’est pas utile de supporter une douleur pour « bien méditer ».
Laissez la respiration suivre son rythme. Percevez un mouvement du souffle, dans le ventre ou au niveau des narines. N’essayez pas de respirer d’une manière spéciale.
Reconnaissez les distractions. Si vous partez dans un souvenir, un projet ou un commentaire, constatez-le simplement. Revenez à une sensation présente, autant de fois que nécessaire.
Terminez en élargissant l’attention. Écoutez les sons, regardez autour de vous, puis reprenez votre activité. Vous pouvez prolonger cette présence en marchant, en préparant un repas ou en écoutant une personne.
La détente peut accompagner une séance ; elle n’est pas un examen à réussir. Certains jours, vous observerez surtout de l’agitation. Cela ne rend pas automatiquement votre pratique inutile. La question devient : puis-je reconnaître cette agitation sans entrer immédiatement en conflit avec elle ?
J’explique cette distinction dans l’article Méditation et relaxation : quelle différence ?. Elle aide à se libérer d’une attente fréquente : croire que méditer devrait toujours nous mettre dans un état agréable.
La méditation perd son sens si elle devient un motif de supériorité ou une nouvelle façon de se juger. Nous ne nous asseyons pas pour prouver quelque chose. Nous apprenons à mieux comprendre nos réactions, à desserrer nos certitudes et à rencontrer les autres avec davantage d’ouverture.
Cette qualité se reconnaît aussi en dehors des séances : dans notre façon d’écouter, de répondre à une contrariété ou de reconnaître une erreur. C’est là que la pratique rejoint la vie.
Cette vidéo accompagne l’article et prolonge la réflexion sur la manière d’aborder la méditation.
Une pratique régulière et modeste est souvent plus facile à intégrer qu’un idéal trop exigeant. Si vous souhaitez être accompagné, découvrez ma démarche d’enseignement ou les stages de méditation. L’enjeu est de développer votre propre compréhension, à votre rythme.
Texte réécrit à partir des propos de Bruno Lallement recueillis par Nathalie Tschiember.
Quelques lectures et une voie de pratique pour approfondir ce que vous venez de découvrir.
Revenir à ce qui est vécu plutôt qu’aux idées que l’on s’en fait.
Distinguer les intentions de deux pratiques complémentaires.
Relier la compréhension à une pratique progressive de la méditation.
Auteur · Conférencier · Enseignant en méditation